L’imprimante 3D : Bientôt dans vos maisons

- Et si je m’imprimais des bracelets ? Ou bien cette petite pièce qui manque à mon moteur ?

- C’est ça. Et pourquoi pas un poumon ou un gâteau au chocolat.

- Exactement.

L’imprimante 3D, technologie née dans les années 1990, a longtemps été réservée à cette communauté opaque et bourrée de talents 2.0 qu’est celle des informaticiens-ingénieurs-bidouilleurs-électro-geek.

Depuis quelques mois, la machine -qui a de quoi nous faire rêver- se démocratise à vitesse grand V. Elle y a été largement aidée par les récents reportages des médias généralistes à ce sujet (Ici, le sujet des journalistes de FR2) (Reportages qui ont le chic pour agacer les médias spécialisés).

A ce rythme, elle pourrait bientôt débarquer dans nos maisons, entre le vieux PC sous XP et le micro-ondes de Mathusalem. Alors autant savoir de quoi il en retourne, où on en est et à quoi ça peut bien servir.

(Attention, cette technologie étant en plein boom, il se pourrait bien que ce post soit déjà obsolète).

Le Lab Fab de Brest, le Ty Fab, a déjà quatre imprimantes 3D (dont deux visibles sur la photo). Celle de gauche a imprimé plusieurs figurines ou ustensiles en plastique coloré.

Le Ty Fab, le Fab Lab de Brest, a déjà quatre imprimantes 3D (dont deux visibles sur la photo). Celle de gauche a imprimé plusieurs figurines ou ustensiles en plastique coloré.

Comment peut-on imprimer en 3D ?

Le fonctionnement est simple, « c’est celui du pistolet à colle », résume David Bozec. L’ingénieur est un membre actif du Fab lab de Brest (Le Ty Fab), labo de fabrication numérique qui compte quatre imprimantes 3D. « Nos imprimantes ont des recharges de plastique. Celui-ci est chauffé, afin qu’il fonde et qu’il passe à travers une petite buse. Le dépôt successif de couches de plastique va former un objet en trois dimensions ».

Avant d’imprimer, il faut au préalable dessiner sur ordinateur le plan en trois dimensions de l’objet que l’on souhaite fabriquer. Comme pour une imprimante classique, le plan est ensuite encodé (à moins que vous sachiez l’encoder vous-même) et transmis à la machine.

Pour ceux qui auraient du mal à s’imaginer une buse et ce système de couches de plastique :

Pour ceux qui voudraient piger l’ensemble du processus en 37 secondes :

Pour ceux qui ont à leur disposition plus que 37 secondes et qui aiment les dessins animés :

(Click there => http://vimeo.com/12768578)

A quoi ça peut me servir ?

L’avantage de l’appareil est qu’il permet de réaliser à l’unité des objets personnalisés, des prototypes. « Ça peut être des pièces mécaniques que l’on ne trouve pas dans le commerce ou des créations artistiques. Moi, la première chose que je vais fabriquer quand mon imprimante sera montée, ce sera une petite pièce qui manque à mon placard, sourit l’ingénieur. Tasse, jouet, figurine, clef… Il y a énormément de possibilité. Il faut simplement avoir de l’imagination ». Et il n’exagère pas.

Le site Thingiverse donne un bon aperçu de ce qui a déjà été tenté par des centaines d’amateurs.
Dans la catégorie "Art", on peut découvrir de superbes pots-à-crayons-hiboux, des boules de Noël pour le sapin et des statuettes de Bouddhas.
Dans les "Gadgets", on trouve des inventions assez sophistiquées, comme un joystick pour les jeux d’arcade, un système de Home-Stereo-3D pour Iphone 4, une petite voiture radiocommandée ou encore une coque fixable pour pouvoir utiliser son Iphone sur son vélo ou petites décos pour transformer vos bocaux d’épices en petits animaux.
Dans "Hobby", là non plus, impossible de tout citer tellement les inventions sont diverses : drones volants, main articulée, mini-robot-bipède-à-gros-yeux, xylophone électronique, boomerang, adaptateur télescopique pour appareil photo…

Capture d'écran du site Thingiverse

Capture d’écran du site Thingiverse

 

Et on effleure ici les possibilités de l’appareil pour les utilisateurs lambda. Mais l’imprimante 3D a l’air de trouver une nouvelle utilité dans chaque secteur qu’elle infiltre.

Dans l’architecture

Les professionnels modélisaient déjà des maquettes en 3D sur leur ordinateur, ils peuvent désormais les imprimer. La société Ziggzagg en donne un exemple

Capture d’écran 2013-01-21 à 22.44.36

L’imprimante 3D peut aussi produire des monuments déjà existants à une échelle infiniment petite, comme c’est détaillé ici.

Dans l’aéronautique

Elle peut servir à imprimer des pièces complexes et légères en séries limitées. Terry Wohlers, expert du sujet, précise à ce sujet : "il y a aujourd’hui 22 000 pièces créées par l’impression en trois dimensions dans les avions Boeing" dans un article du journaldunet.

C’est la même mise en application que l’on peut trouver dans l’industrie, l’électroménager, l’agroalimentaire… Bref tous les secteurs qui demandent du prototypage pour leurs appareils.

Dans la science et la santé

Pour fabriquer des prothèses personnalisées, des appareils auditifs, des couronnes dentaires (comme le dit encore Terry Wohlers : "environ 10 000 couronnes dentaires sont fabriquées chaque jour grâce à cette technologie"), "de petits outils en plastique utilisés dans les labos", comme le suggère David Bozec, ou encore des fossiles.

Dans l’avenir on pourrait même fabriquer des tissus humains, des organes, un rein, un foie. "Des scientifiques ont déjà imprimé de la peau, des disques vertébraux et d’autres types de tissus mous comme du cartilage", c’est écrit ici et expliqué là.

Dans les armes

Comme l’a prouvé dans une vidéo un étudiant texan en imprimant une arme de calibre 22 long rifle.

Dans la musique

La compagnie allemande EOS a imprimé le premier Stradivarius (en plastique bien sûr, et non en bois, mais qui sonne pas si mal) :

Une ingénieure américaine, Amanda Ghassaei, a, elle, imprimé ses propres vinyles, en plastique. Là non plus, le son n’est pas impeccable, mais on reconnaît bien les premiers accords de Smells Like Spirit de Nirvana.

Un des disques imprimés par Amanda Ghassaei.

Un des disques imprimés par Amanda Ghassaei.

 

Dans la sculpture

C’est l’idéal pour créer des formes design, délirantes, industrielles ou tout simplement nouvelles.

Certains se sont essayés à reproduire les œuvres de M.C. Escher, maître de l’illusion.

Reproduction d'une œuvre d'Escher.

Reproduction d’une œuvre d’Escher.

 

L’architecte et designer Neri Oxman a aussi exposé ses sculptures imprimées au Centre Georges Pompidou. Son site montre un éventail de très belles collections, colorées et design.

Designed by Neri Oxman.

Designed by Neri Oxman.

 

Dans un tout autre style, Eric van Straaten s’est spécialisé dans les sculptures par impression 3D.

ericvanstraaten04bis

Dans la mode, la déco, le design

Ou dans la bijouterie, de nombreuses créations ont vues le jour.

Lampe imaginée par la finlandaise Janne Kyttänen

Lampe imaginée par la finlandaise Janne Kyttänen

Collier par Doug Bucci

Collier par Doug Bucci

Chausures par Andreia Chaves

Chausures par Andreia Chaves

 

Dans la chocolaterie

Comme l’ont déjà expérimenté des universités anglaises :

Dans des domaines plus insolites mais non moins séduisants

Un américain a inventé un système qui permet d‘imprimer des burritos. A noter que l’on peut doser selon ses envies la dose de crème, de guacamole ou de sauce piquante.

Un pop-up store de Tokyo vend déjà des poupées miniatures de… Nous-même. Comme l’explique Slate.fr, on peut s’y faire fabriquer son mini-moi en 3D. La figurine, de 10 à 20 cm, reproduit les proportions, la textures des cheveux, les vêtements… Bluffant.

Exemple de mini-moi sur le site Omote3d.com

Exemple de mini-moi sur le site Omote3d.com

 

L’oscar de l’application la plus #OooohC’estTropMignon de l’imprimante 3D est à décerner au service qui transforme les jolis gribouillages de vos enfants en objet-3D-à-mettre-sur-la-table-de-chevet.

dessins-enfants-3D

Avant/Après. Comme c’est mignon.

Plus mignon – ou plus douteux- on trouve aussi le foetus 3D. Futures mamans, soyez modernes, laissez tomber la photocopie-souvenir de l’échographie, et optez pour l’impression en trois dimensions du petit être qui vous habite. Bonus : il sera même entouré d’un bel écrin de verre. #C’estEncorePlusMignon.

3D-replica-of-the-fetus

Mais alors, c’est sans limite ? #AhBenNon

1) Les imprimantes actuelles ne permettent pas de réaliser d’objets volumineux. Celle de Brest par exemple se limite à environ 20 cm cube.

2) Toutes les matières ne sont pas imprimables, car ne peuvent pas être fondues. Exit le bois ou le tissu. Par contre les matières plastiques, la cire, la céramique, le verre voire le métal, l’inox, l’or, l’argent, le chocolat et la pâte à beignet peuvent tout à fait se transformer en objets 3D. La roche lunaire, ça fonctionne aussi, mais moins facile de s’en procurer. Les imprimantes actuelles ne peuvent pas non plus imprimer en bi-matière.

Pour imprimer une petite figurine de plastique, il faut plusieurs dizaines d’heure d’impression.

Où trouver ces machines ?

Des dizaines de modèles sont déjà commercialisés sur internet. « Le marché se développe vite, notamment porté par l’engouement médiatique. Les machines s’améliorent tous les mois et on trouve maintenant de l’entrée de gamme à 400 € », affirme David Bozec. Le puriste recommande de fabriquer soi-même son imprimante, en l’achetant en kit et en assemblant les pièces grâce aux plans disponibles librement en ligne. Ceux qui ne voudraient pas s’embarrasser d’une telle machine chez eux ont aussi la possibilité de faire imprimer leurs plans 3D par des sites web spécialisés ou en se rendant dans un des Fab lab qui disposent d’une imprimante. Et pour dessiner les plans de votre objet, la plupart des logiciels dédiés, comme ceux pour les maquettes d’architecte, font l’affaire.

Une révolution ?

L’arrivée de l’imprimante 3D augure-t-elle l’avènement d’une 3e révolution industrielle ? « Il y a une vision utopiste qui s’éveille autour de cela. Une imprimante qui permet de tout fabriquer chez soi, c’est un retour vers l’artisanat, le Do It Yourself, pour s’affranchir de la production de masse », admet David Bozec. Néanmoins il reste prudent. « Dire que tous les foyers en auront, ça n’est pas forcément réaliste. Ce n’est pas une technologie évidente ou utile pour tout le monde ».

Mais a-t-on le droit de tout imprimer ? Dans la communauté Fab Lab domine l’esprit des données en accès libre , de « l’open source ». Pas sûr que les industries soient du même avis. Avec la démocratisation de l’imprimante 3D, c’est une nouvelle guerre de la propriété intellectuelle et industrielle qui risque d’être déclarée.

Leïla MARCHAND.

5 réflexions sur “L’imprimante 3D : Bientôt dans vos maisons

  1. Espérons qu’ils ne vont pas instaurer des systèmes de DRM sur les imprimantes 3D qui pourraient alors "refuser" d’imprimer certains STL. Cela serait encore la cata…
    Là, je qui sur un projet de montage d’une Reprap et c’est vrai qu’il faut un minimum de connaissances en electro pour s’en sortir malgré le nombre de ressources impressionnant que l’on peut trouver sur le sujet.

  2. Reblogged this on Things I grab, motley collection and commented:
    A quoi ça peut me servir ?
    L’avantage de l’appareil est qu’il permet de réaliser à l’unité des objets personnalisés, des prototypes. « Ça peut être des pièces mécaniques que l’on ne trouve pas dans le commerce ou des créations artistiques. Moi, la première chose que je vais fabriquer quand mon imprimante sera montée, ce sera une petite pièce qui manque à mon placard, sourit l’ingénieur. Tasse, jouet, figurine, clef… Il y a énormément de possibilité. Il faut simplement avoir de l’imagination ». Et il n’exagère pas.

  3. Pingback: L’imprimante 3D : Bientôt dans vos maisons | itypamiers

  4. faut aimer les babioles, pas mon truc… et quant à remplacer une pièce défectueuse, pas sûr que la matière soit la même et tienne aussi bien que l’originale, bof bof, m’étonnerais que ce soit révolutionnaire au point de penser que tout le monde en aura une chez soi.

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